Préface, qu'on peut aussi lire après,
ou
Postface, qu'on peut aussi lire avant

Traduit par Christian Lassalle

Introduction
Préface ou postface
Le rêveur
Le garçon bleu
Sur la planète des carottes
La peur
Encore la peur
Les étranges habitants de la planète Hortus
Les deux combattants
La justice
D'homme à homme
La grande guerre sur Mars
L'esclave
Les bons calculateurs
L'étrange guerre
L'éléphant éloquent
Arobanai
Serpent étoilé
Les bouchons
Les deux prisonniers
Rapport auprès du Conseil de l'Union des Systèmes solaires
Offene Worte
La bombe
Préface ou postface
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Depuis que j'écris des livres pour les enfants, j'ai toujours eu en moi cette volonté d'aborder le thème difficile "Guerre et Paix" dans une forme compréhensible pour les enfants. Il me semble qu'il ne suffit pas d'expliquer aux enfants que la guerre est terrible et que la paix est beaucoup plus belle. Même si c'est bien sûr un progrès par rapport à une littérature pour la jeunesse qui encense armée et faits de guerre même bien réels. Mais la plupart des jeunes sous nos latitudes savent que la guerre est quelque chose d'horrible et que la paix est bien plus belle. Mais la paix est-elle possible ? Ou la guerre n'est pas un mal inévitable qui revient régulièrement sur les hommes ? N'apprend-on pas dans les cours d'histoire ou aux informations du soir que la guerre est et a été toujours et partout dans le monde ? Culture de la paix, compréhension envers autrui, règlement pacifique des conflits : tout ça, c'est bel et bien beau. Mais qu'en est-il quand les autres ne veulent pas ?

Je ne peux m'imaginer comment nous pouvons bannir la guerre de la vie de l'humanité si nous n'en cherchons pas les causes profondes. Ce n'est que quand on connaît l'origine d'une maladie qu'on peut la combattre avec précision et efficacité.

C'est vrai que j'en ai souvent séché les cours à l'université, mais pour moi à la maison j'ai continué l'étude de l'histoire jusqu'à aujourd'hui, parce que, en tant qu'écrivain, j'accorde une extrême importance à essayer de comprendre les mécanismes de l'action et de la pensée des hommes. Mais je ne prétends naturellement pas avoir trouvé la pierre philosophale ni pouvoir expliquer complètement dans mes histoires quelles sont les origines des guerres. Et je ne peux pas non plus proposer de remède miracle pour éviter de futures guerres. Mais ces histoires veulent être plus que des "impulsions". Les écrivains veulent toujours donner des orientations de pensée, mais à un moment donné il faut tout de même bien se mettre à penser. Les histoires que j'ai réunies ici veulent donner une direction où aller plus loin, faire passer une volonté de chercher où et comment trouver les origines des guerres.

L'histoire "Le rêveur" est né lors d'un atelier d'une semaine dans la vallée d'Ötz que l'organisation culturelle 'Feuerwerk" avait organisé sur le thème "Libre comme le vent et les nuages". J'ai écrit là-bas avec des enfants un "livre du vent et des nuages".

"Le garçon bleu", je l'ai écrit pour une série enfantine de la ZDF alors que tout le monde était atteint d'une euphorie pacifique de courte durée. Lorsque l'histoire parut sous forme de livre, nous avions déjà derrière nous la guerre du golfe. Dans cette histoire il est question du dessèchement de l'âme engendré par la peur. La chute de l'histoire n'est pas que le garçon à la fin jette son fusil, mais pourquoi il le jette. "Tu pourrais jeter ton fusil" ne suffit pas. C'est d'abord l'espoir de changement qui doit être présent.

"La guerre sur Mars" est une tentative pour démontrer que le fait que chacun poursuive son propre intérêt - à vrai dire anodin - puisse amener à des résultats que personne n'a voulus.

"Sur la planète des carottes'" met en scène des mécanismes identiques. Il montre comment un certain système de vie communautaire peut développer une telle dynamique propre qu'il devient difficile de la modifier et que même les vrais pénalisés du système en deviennent les défenseurs.

De même, "L'esclave" montre comment il peut arriver que des hommes s'élaborent un système dont ils deviennent eux-mêmes les prisonniers.

Dans "Les gens de la planète Hortus" il s'agit plus simplement de parler des coûts financiers occasionnés par la guerre.

"L'étrange guerre" montre une forme possible de résistance passive. Le choix de la forme de résistance dépend naturellement des buts des agresseurs. Si il s'agit pour les agresseurs d'exterminer l'autre peuple, cette résistance passive n'est pas possible. Cependant, la plupart des conflits sont menés pour soumettre des peuples, pas pour les exterminer.

Arobanai" traite de la vie des Pygmées comme exemple de mode de vie fondée sur la cueillette et la chasse. Elle repose sur des recherches de Colin Turnbull.

"Panache d'étoile" est par contre l'histoire d'un jeune guerrier aztèque et l'histoire de la naissance du royaume aztèque.

"Rapport auprès du conseil des systèmes solaires unis" est le résumé de ce que peut-être le garçon bleu a vu au cours des années où il observa la planète bleu dans son télescope. J'ai écrit la première version de cette histoire lors de cette semaine atelier dans la vallée d'Ötz, au cours de la laquelle les enfants pouvaient me demander de rédiger des histoires. Une petite fille qui, par hasard, portait le même nom que moi et se prénommait Nina, m'apporta un jour une feuille de papier où était écrit: "Martin, s'il te plait, dis-moi pourquoi il y a des guerres." L'histoire se fonde sur les recherches de Lewis Mumford ("Le Mythe de la Machine"), mais bien sûr aussi sur mes propres réflexions. Autrefois je pensais qu'il y avait eu une époque où les hommes ne connurent absolument pas la guerre. Lorsque j'ai entendu parler par Jane Goodall de guerre chez les chimpanzés, j'ai dû réviser mon point de vue. Même au temps de la cueillette et de la chasse il arrivait qu'un groupe, pour trouver de nouvelles terres, envahisse le territoire d'un autre groupe. Cela se soldait par le départ d'un des deux groupes et ça se terminait ainsi. La guerre pouvait effectivement se produire, mais ce n'était pas une composante essentielle de la culture. Ce n'est qu'avec le développement d'une économie paysanne, avec l'apparition de l'agriculture et de l'élevage, que les hommes eurent la possibilité de faire des réserves et ainsi avoir le temps de mener des guerres. Du côté des victimes, ces réserves étaient quelque chose qu'on pouvait se faire dérober sans pour autant être anéantis. La guerre devint une institution permanente, parce qu'elle était un moyen de rassembler les excédents des groupes minoritaires et d'investir dans des mesures entraînant une augmentation de la productivité, à savoir la production d'encore plus d'excédents qui pouvaient être de nouveau investis dans le progrès, etc. C'était - il est vrai - un moyen de loin plus efficace que d'éventuels négociations ou regroupements volontaires. Dans ce processus, le type de motivation des détenteurs du pouvoir et des guerriers n'était pas vraiment décisif. Dans la nature voient le jour des particularités comme, par exemple, l'apparition les cornes par mutation accidentelle. La question de savoir si ces cornes doivent rester ou disparaître dépend de celle de savoir si elles présentent pour leurs porteurs un avantage en matière de reproduction ou un inconvénient. Un chef peut déclarer la guerre à ses voisins par haine, par besoin de reconnaissance, pour des raisons religieuses, par pure exubérance, par agressivité refoulée, par frustration sexuelle, peu importe pourquoi. Mais la guerre comme institution permanente peut perdurer, d'abord, parce qu'elle avantage la concentration de population dans de grands empires et par là même permet la concentration des excédents, ensuite, parce qu'elle exige d'une grande partie de cette population de produire plus d'excédents que si ils avaient été volontaires pour investir dans la chose commune ou dans l'avenir et, enfin, parce qu'elle encourage le "progrès" en tant que développement de la productivité du travail humain. Le plus pour la société n'est pas obligatoirement un plus pour l'individu. Une communauté de 500 familles paysannes libres aura été plus heureuse qu'une armée de 100 000 familles paysannes sous la domination d'un chef de guerre. Pourtant une capitale avec des temples et des écoles religieuses, où était étudié le cours des planètes, seul l'empire du chef de guerre pouvait se l'offrir.

L'agression dont les hommes sont capables est certes une condition indispensable pour que des guerres puissent être entreprises, mais elle n'en est pas la raison fondamentale. Est-ce que les jeunes gens de l'Autriche-Hongrie de 1914 étaient plus belliqueux que ceux de - disons - 1914 ? Est-ce que l'empereur sur ces vieux jours était devenu belliqueux ? Souvent, il faut d'abord que l'agressivité des hommes et leur haine des voisins soient attisées pour qu'ils soient prêts à partir en guerre ou à y laisser partir leurs enfants. Souvent aussi, il faut que l'agressivité des soldats soit réfrénée.. Tandis que, d'un côté, dans certaines unités spéciales, on forme des hommes pour en faire de furieux combattants, comme par exemple les bérets verts au Vietnam, une armée moderne a besoin en première ligne d'hommes qui fonctionnent avec discipline et fiabilité, c'est-à-dire qui ne se laissent pas conduire par leurs émotions. Aussi importantes soient en privé les mesures éducatives en faveur de la disparition des agressions, de la compréhension des cultures étrangères, de la capacité au règlement pacifique des conflits, ces mesures ne peuvent pas éliminer les raisons profondes de la guerre. L'économie de marché qui dirige aujourd'hui les relations humaines sur notre planète vise, comme aucune forme de société auparavant, à l'augmentation de la productivité : produire toujours plus de biens avec toujours moins de travail et réinvestir les excédents aussitôt dans l'accroissement de la production et de la productivité. Cela ne conduit pas seulement au fait que nous nous heurtions bientôt à la limite de ce que la planète peut supporter au niveau écologique, mais on trouve aussi ici les racines de nouvelles guerres. On dit que les guerres de l'avenir seront menées pour des ressources en phase de disparition, par exemple l'eau. C'est envisageable. De la même façon, il est envisageable que les futures guerres soient conduites entre les grands blocs économiques avec comme raison : qui a le droit vendre et à qui ?

Pour éviter de futurs conflits, les six milliards d'humains - qui seront bientôt 7 ou 8 milliards - devront se mettre d'accord sur de nouvelles formes de vie économique et sociale. Ce n'est plus l'augmentation constante de la productivité qui devra être le but, toujours produire plus en travaillant toujours moins ; ce n'est plus l'échange de marchandises qui devra être au centre des relations commerciales ; le fait que les choses puissent être fabriquées avec de moins en moins de travail n'entraîne pas forcément que seront fabriquées de plus en plus de marchandises, mais que les hommes pourront utiliser leur temps devenu libre à échanger des prestations sociales (ou des services) : l'art, les loisirs, les soins, la santé, l'enseignement, la recherche, le sport, la philosophie... 

Si chaque outil, obéissant à la voix ou agissant par anticipation, pouvait accomplir le travail auquel il est destiné, comme les chefs d 'œuvre de Dédale qui se déplaçaient seuls, comme les tables à trois pieds d'Héphaïstos qui se rendaient seules à leur travail divin, comme si les rouets d'eux-mêmes se mettaient à tisser, alors les chefs d'atelier n'auraient pas besoin d'assistants, ni les maîtres d'esclaves. 

Aristote

N'en serions-nous pas à ce stade ?