Martin Auer: L'Étrange guerre, Histoires pour l'éducation à la paix

   
 

Le garçon bleu

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Traduit par Christian Lassalle

Relu par Maher Trad

Le rêveur
Le garçon bleu
Sur la planète des carottes
La peur
Encore la peur
Les étranges habitants de la planète Hortus
À l’arrivée des soldats
Les deux combattants
D'homme à homme
La grande guerre sur Mars
L'esclave
Les bons calculateurs
L'étrange guerre
Arobanai
Serpent étoilé
Les bouchons
Devant notre porte
Les deux prisonniers
La Justice
L’Argent
Histoire d'un bon roi
Rapport auprès du Conseil de l'Union des systèmes solaires
La bombe
Préface
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Tout là-haut, derrière les étoiles, tout est différent d'ici. Et encore plus haut, tout est encore différent de là où tout est différent d'ici.

Mais si on volait là-haut, tout là-haut, tout au loin, là où tout est différent de partout, peut-être que tout serait presque comme ici.

Dans ces régions lointaines, il y a peut-être une planète, aussi grande que la terre, et sur cette planète vivent peut-être des hommes, qui nous ressemblent, sauf qu'ils sont bleus et qu'ils peuvent fermer leurs oreilles quand ils ne veulent rien entendre.

Et sur cette lointaine planète une guerre avait peut-être éclaté et beaucoup d'hommes bleus étaient morts. Il y restaient en arrière beaucoup d'orphelins. Et sur les ruines d'une maison qu'avaient détruite les bombes était assis un petit garçon bleu qui pleurait son père et sa mère. Il était assis là depuis longtemps et il pleurait. Et puis il s'arrêta tout à coup de pleurer, car il avait pleuré toutes les larmes qu'il avait en lui. Il releva son col de chemise, fourra ses mains dans ses poches et partit. Quand il voyait une pierre il tapait dedans et quand il voyait une fleur il la piétinait. Un petit chien vint à sa rencontre, le regarda et remua la queue. L'animal fit demi-tour et vint s'asseoir près du garçon, comme si il avait décidé de l'accompagner.

- Va t'en!, dit le garçon au chien. Mais tu dois t'en aller! Si tu restes avec moi, je vais être obligé de t'aimer et je ne veux plus jamais aimer personne.

Le chien le regarda et frétilla gaiement de la queue. Alors le garçon trouva un fusil près d'un soldat mort. Il le prit et le montra au chien.

- Avec ce fusil, je pourrais te tuer!, dit-il méchamment. Et le chien s'enfuit.

- Je te prends avec moi, dit le garçon au fusil. Tu seras mon meilleur camarade. Et il tira sur un arbre mort.

Plus loin, il trouva dans un champ un scooter volant abandonné. Il s'assit dessus et essaya de le démarrer : il fonctionnait.

- Maintenant, dit-il, j'ai un fusil et un scooter volant. Ils seront ma famille. J'aurais pu aussi avoir un chien, mais si un jour il avait été tué je serais mort de pleurer.

Il s'envola jusqu'à ce qu'il vît une maison d'où sortait de la fumée.

- Il y a là quelqu'un qui vit, dit le garçon. Il vola tout autour en regardant par les fenêtres. Il y avait une vieille femme qui faisait la cuisine.

Il se posa devant la maison, prit son fusil et entra.

- J'ai un fusil, dit-il à la vieille femme. Donne-moi à manger!

- C'est ce que j'aurais fait en tout cas, dit la vieille femme. Tu peux ranger ton fusil.

- Ne sois pas gentille avec moi, dit-il méchamment. Mon fusil peut te tuer!

La femme lui donna de quoi se nourrir et il repartit.

C'est ainsi que le garçon vécut. Il s'était aménagé une cachette dans une maison abandonnée. Quand il avait faim, il partait en scooter volant là où il trouvait des gens, les menaçait de son fusil pour avoir de quoi manger.

Le reste du temps, il survolait les champs de bataille déserts et ramassait des pièces d'armes ou d'engins qui étaient restés là. Et il rapportait le tout dans sa cachette.

- Je vais me construire un robot blindé géant, se dit-il. Il mesurera cent mètres, pèsera cent mille tonnes. Tout en haut, dans sa tête, je placerai la cabine de pilotage. Alors, je serai puissant et personne ne pourra rien contre moi.

Un jour passa devant sa cachette une petite fille. Le garçon sortit avec son fusil et lui dit :

- Va t'en! Mon fusil peut te tuer!

- Je ne te demande rien, dit la petite fille. Je suis simplement venu voir si les champignons repoussaient.

- Tu dois t'en aller, lui dit-il. Je ne veux personne avec moi!

- Es-tu donc tout seul au monde?, demanda la petite.

- Non, répondit-il. J'ai un fusil et un scooter volant: ils sont ma famille. Et un jour j'aurai un robot blindé géant!

- N'as-tu personne avec toi, ne personne vivant?, demanda la fillette.

- J'aurais pu avoir un chien. Mais si on me l'avait tué je serais mort de pleurer.

- Moi non plus, je n'ai personne, dit-elle. Nous pourrions rester ensemble?

- Je ne veux pas de quelqu'un qu'un fusil pourrait tuer!

- Alors tu dois te chercher quelqu'un qu'un fusil ne peut pas tuer!, dit la petite et elle partit.

Alors le garçon se construisit son robot blindé géant et s'installa à l'intérieur. Il s'assit tout en haut, dans la tête, là où il avait aménagé la cabine de pilotage.

Puis il se mit en route et parcourut le pays avec son robot blindé géant. Partout, les gens, quand ils le voyaient arriver, se sauvaient en criant. Mais ils ne pouvaient pas échapper au robot blindé géant.

Le garçon avait dans sa cabine un microphone et tout ce qu'il disait sortait amplifié de la gueule du robot blindé géant.

- Y a-t-il quelqu'un qu'un fusil ne pourrait pas tuer?, hurlait le robot. Mais partout où il arrivait les gens s'enfuyaient et jamais il ne trouvait quelqu'un qu'un fusil ne pouvait pas tuer.

Mais un jour il vit de sa cabine en bas quelqu'un qui ne partait pas en courant, mais qui au contraire s'était arrêté et lui criait quelque chose. Mais il était si haut qu'il ne pouvait rien entendre.

- C'est peut-être quelqu'un qu'un fusil ne peut pas tuer?, se demandait le garçon et il descendit. C'était la vieille femme qui lui avait donné à manger.

- Tu voulais me dire quelque chose?, demanda le garçon .

- Oui, dit la vieille. J'ai entendu parler de quelqu'un qu'un fusil ne peut pas tuer. Je me suis dit que je devais t'en parler.

- Et qui est-ce?, demanda le garçon.

- Il s'agit d'un vieil homme qui vit sur la lune.

- Alors il faut que j'aille le chercher, dit le garçon , car je ne veux de personne qu'un fusil peut tuer.

Il tourna une manette : son robot blindé géant se transforma en une fusée blindée géante et il s'envola vers la lune.

Là-haut sur la lune le garçon dut chercher longtemps. Mais il finit par trouver le vieil homme. Celui-ci était assis derrière un télescope et regardait en bas la planète bleue.

- Es-tu celui qu'un fusil ne peut pas tuer?, demanda le garçon au vieux.

- Je crois bien, dit le vieil homme.

- Et que vois-tu dans ta lunette?

- J'étudie les gens sur la planète en dessous.

- Je peux rester avec toi?, demanda le garçon .

- Peut-être, dit le vieil homme. Pourquoi veux-tu donc rester avec moi?

- Parce que je ne veux rester avec personne qu'on pourrait tuer. Lorsque mes parents sont morts j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps. J'aurais pu avoir un chien, mais si on me l'avait tué je serais mort de pleurer. J'aurais pu rester avec une vieille femme ou une petite fille, mais elles n'étaient pas équipées contre les balles de fusil et si on me les avait tuées je serais mort de chagrin.

- C'est bon, dit le vieux. Tu peux rester avec moi. Moi, personne ne peut me tuer : ici il n'y a pas de fusil.

- Ce n'est que ça?, demanda le garçon .

- Oui, uniquement ça, dit le vieil homme.

- J'ai pris avec moi mon fusil.

- Dommage, dit le vieux. Tu ne peux rester avec moi. Ton fusil pourrait me tuer.

- Alors je dois repartir, dit le garçon.

- Oui, dit le vieil homme.

- Dommage, dit le garçon.

- Cela te fait de la peine?, dit le vieux.

- Oui, dit le garçon . J'aurais aimé rester ici.

- Tu pourrais peut-être te débarrasser de ton fusil?, dit le vieil homme.

- Peut-être, dit le garçon .

- Et ainsi tu pourrais rester avec moi, dit le vieil homme.

- Peut-être, dit le garçon. Et qu'est-ce que je ferais?

- Tu pourrais regarder dans ce télescope et peut-être découvrir pourquoi les gens là-bas se font la guerre.

- Et pourquoi se font-ils la guerre?

- Ça! Je ne le sais pas non plus. Sans doute parce qu'ils ne se connaissent pas assez les uns les autres. Sans doute parce qu'ils sont si nombreux et que leur vie est si compliquée qu'ils ne perçoivent pas les conséquences de leurs actes. Ils ne savent sans doute pas d'où vient la viande qu'ils mangent ni où va le pain qu'ils cuisent. Ni si le fer qu'ils extraient de la terre servira à faire des camions ou des canons. Ni si la viande qu'ils mangent a été volée à d'autres. Si ils pouvaient se voir d'ici, ils comprendraient peut-être plus facilement.

- Alors, il faudrait leur montrer?, dit le garçon .

- Peut-être, dit le vieux. Mais je suis trop vieux et trop fatigué.

Alors le garçon laissa échapper son fusil qui traversa l'espace pour venir s'écraser sur la planète en bas.

Le garçon resta longtemps, très longtemps avec le vieil homme à regarder dans le télescope et à étudier les hommes en dessous. Et peut-être qu'un jour il est redescendu pour leur expliquer ce qu'ils faisaient de travers.

   
 

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