Martin Auer: L'Étrange guerre, Histoires pour l'éducation à la paix

   
 

Les bons calculateurs

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Traduit par Christian Lassalle

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Le rêveur
Le garçon bleu
Sur la planète des carottes
La peur
Encore la peur
Les étranges habitants de la planète Hortus
À l’arrivée des soldats
Les deux combattants
D'homme à homme
La grande guerre sur Mars
L'esclave
Les bons calculateurs
L'étrange guerre
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Serpent étoilé
Les bouchons
Devant notre porte
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Rapport auprès du Conseil de l'Union des systèmes solaires
La bombe
Préface
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Le mollah Nasreddin Hodja arriva au cours de ses voyages dans un village connu parce que ses habitants étaient particulièrement doués en calcul. Nasreddin trouva un hébergement chez un paysan. Le lendemain matin, Nasreddin constata qu'il n'y avait pas de fontaine dans le village. Le matin, on fixait sur un ou deux ânes des cruches à eau et on partait vers une fontaine à une heure de marche, on remplissait les cruches et on les rapportait, ce qui durait encore un heure.

"Ce ne serait pas mieux, si il y avait l'eau au village?" demanda Nasreddin au paysan chez qui il logeait.

"Bien sûr, ce serait beaucoup mieux", dit le paysan. "L'eau me coûte tous les jours deux heures de travail pour un âne et un garçon qui conduit l'âne. Cela fait dans l'année 1460 heures, si on met sur un pied d'égalité le garçon et l'âne. Si au lieu de cela l'âne et le garçon travaillaient aux champs, je pourrais cultiver un champ de potiron de plus et ainsi récolter 457 potirons supplémentaires par année.

"Je vois que tu as tout bien calculé", dit admiratif Hodscha. "Pourquoi donc ne pas creuser un puits pour amener l'eau au village?"

"Ce n'est pas si simple", dit le paysan. "Sur le trajet il y a une colline qu'il nous faudrait traverser. Si, au lieu de les envoyer à l'eau, je faisais creuser à mon garçon et à l'âne un puits, il leur faudrait à raison de deux heures de travail par jour 500 ans. Moi, j'ai encore peut-être à peine 30 ans à vivre, c'est donc pour moi plus rentable de les envoyer chercher de l'eau.

"Oui, mais devrais-tu seul prendre en charge le canal? Vous êtes pourtant plusieurs familles dans ce village?"

"Bien sûr", dit le paysan, "nous sommes précisément 100 familles. Si chaque famille donnait chaque jour pour deux heures de travail un âne et un garçon, le canal serait creusé en cinq ans. Et si ils travaillent 10 heures par jour, il faudrait un an."

"Pourquoi n'en parles-tu donc pas avec tes voisins et ne leur proposes-tu pas de creuser ensemble le canal?"

"Bien, écoute, si j'ai à parler de choses importantes avec mon voisin, je l'invite chez moi, je lui offre du thé et de l'halva, je parle avec lui du temps et de la prochaine récolte, puis je lui parle de sa famille, de ses fils, ses filles et ses petits-enfants. Ensuite je lui fais servir un repas et après le repas un autre thé, et il me parle de ma ferme et de ma famille. Enfin, nous en arrivons lentement à l'affaire. Cela dure toute une journée. Comme nous sommes au village 100 familles, il me faudrait donc discuter avec 99 chefs de famille. Tu avoueras que je ne peux pas passer 99 jours consécutifs à de telles palabres, ma ferme n'y survivrait pas. Je pourrais inviter au mieux un voisin par semaine. Ce qui signifie que, une année comptant 52 semaines, il se passerait presque deux ans pour que je puisse rencontrer tous mes voisins. Connaissant mes voisins comme je les connais, je sais que tous seraient d'accord pour avoir l'eau au village, car ils savent tous bien compter. Et comme je les connais, chacun d'eux promettrait de participer si les autres aussi participent. Ainsi, je devrais au bout de deux ans tout reprendre au début, inviter de nouveau tous mes voisins et leur dire que tous sont prêts à participer."

"Bien", dit Hodscha, "mais au bout de quatre années vous en seriez à commencer les travaux. Et un an plus tard, tout serait terminé!"

"Il y a un autre problème", dit le paysan. "Avoue que, quand le canal sera creusé, chacun pourra y aller chercher de l'eau, qu'il ait participé au travail ou non."

"C'est juste", dit Hodscha. "Même si on le voulait, on ne pourrait pas surveiller le canal sur toute sa longueur."

"Eh oui", dit le paysan. "Ainsi, quelqu'un qui se serait défilé devant le travail en ferait le même profit que les autres, mais sans en avoir subi les coûts."

"Oui, je le reconnais", dit Hodscha.

"Alors, comme chacun de nous sait compter, chacun de nous essaiera de se défiler. Un jour l'âne sera sans forces, un jour le garçon souffrira de la toux, un autre la femme sera malade et on aura besoin du garçon et de l'âne pour aller chercher le médecin. Comme chacun de nous sait compter, chacun de nous essaiera de se défiler. Et comme chacun de nous sait que les autres se défileront, aucun de nous n'enverra au travail son âne et son garçon. Ainsi le creusement du canal ne commencera jamais."

"Je dois avouer que tes réflexions me paraissent très convaincantes", dit Hodscha. Il marmonna un moment et s'exclama tout à coup: "Je connais un village de l'autre côté de la montagne qui avait exactement le même problème que vous. Mais ils ont depuis vingt ans un canal."

"Oui", dit le paysan, mais eux, ils ne savent pas compter!"

   
 

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