Martin Auer: L'Étrange guerre, Histoires pour l'éducation à la paix

   
 

Devant notre porte

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Traduit par Geraldine Rouland

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Le rêveur
Le garçon bleu
Sur la planète des carottes
La peur
Encore la peur
Les étranges habitants de la planète Hortus
À l’arrivée des soldats
Les deux combattants
D'homme à homme
La grande guerre sur Mars
L'esclave
Les bons calculateurs
L'étrange guerre
Arobanai
Serpent étoilé
Les bouchons
Devant notre porte
Les deux prisonniers
La Justice
L’Argent
Histoire d'un bon roi
Rapport auprès du Conseil de l'Union des systèmes solaires
La bombe
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Il y avait une ville dans laquelle les embouteillages étaient terribles. Pour une raison ou pour une autre, la ville possédait peu de feux tricolores. Une cause de bouchons incessants était la suivante : lorsque des conducteurs, arrivant à un carrefour, voyaient s’arrêter la file d'automobiles devant eux, ils essayaient quand même de s'engager dans le carrefour, afin que le trafic transversal ne les gêne pas lorsque leur file se remettrait à avancer. De cette manière, bien sûr, ils bloquaient la circulation venant de leur gauche et de leur droite.
Une simulation informatique permettrait d'expliquer facilement la suite des événements en un rien de temps. Cependant, essayons d'exposer la situation ici. Les axes nord-sud s'appellent des rues, et les axes est-ouest des avenues. Imaginons maintenant que Mme Kumar, roulant vers le nord dans la 5e Rue, arrive au croisement avec l'Avenue D. Voyant la file d'automobiles ralentir devant elle, elle s'engage quand même dans le carrefour et doit s'y arrêter. Elle bloque ainsi la circulation de l'Avenue D, dans les sens est-ouest et ouest-est. Par ailleurs, il se trouve que Mme Miller, roulant vers l'ouest dans l'Avenue D, s'engage dans le croisement avec la 4e Rue, et y bloque la circulation. De même, Mme Szymanski, roulant vers l'est dans l'Avenue D, s'engage dans le croisement avec la 6e Rue, et y bloque la circulation. Par la suite, le croisement de la 6e Rue et de l'Avenue C et celui de la 6e Rue et de l'Avenue E se trouvent bloqués à leur tour, ainsi que celui de la 4e Rue et de l'Avenue C et celui de la 4e Rue et de l'Avenue E, et ainsi de suite. L'embouteillage s’étend alors à toute la ville.
« C'est la guerre sur nos routes ! » soupirait Mme Kumar tous les soirs, en revenant du travail en voiture. Un jour, l'expression « La paix commence devant notre porte » lui revint à l'esprit. Elle se résolut alors à ne plus s'engager dans un carrefour embouteillé. Cependant, quand elle s’arrêtait avant un carrefour encombré afin de laisser passer les automobiles de la rue transversale, les conducteurs derrière elle la klaxonnaient et la menaçaient même du poing. Évidemment, puisqu'elle ne s'engageait pas dans le carrefour lorsqu'elle le pouvait, la circulation transversale pouvait mettre assez longtemps à la laisser passer. Par conséquent, il y avait pire que la colère d'autres conducteurs à son égard : lorsqu'elle ne profitait pas de toutes les possibilités de faire avancer son automobile, elle arrivait chez elle environ une demi-heure plus tard. Cela l'attristait parce que sa famille attendait qu'elle prépare le dîner, elle devait aider ses enfants à faire leurs devoirs, et il y avait tant d'autres corvées à la maison. Vraiment, elle ne pouvait pas se permettre de perdre cette demi-heure : elle estimait que ses obligations familiales imposaient qu'elle rentre à la maison aussi rapidement que possible. Ainsi, au bout de quelques jours, elle baissa tout simplement les bras et recommença à conduire comme tout le monde.
Mais Mme Kumar ignorait que, deux semaines plus tôt, Mme Miller avait eu exactement la même idée. Elle aussi avait commencé à s’arrêter avant les carrefours afin de laisser passer les automobiles venant de sa droite et de sa gauche. On l'avait aussi menacée du poing, et elle aussi perdait une demi-heure qu'elle estimait devoir consacrer à sa famille. C'est ainsi que Mme Miller avait baissé les bras, exactement comme Mme Kumar. Par ailleurs, quatre semaines plus tôt, Mme Szymanski avait vécu exactement la même expérience, et elle aussi avait baissé les bras.
Un samedi après-midi, Mme Kumar emmena ses enfants au terrain de jeux du parc. Assise sur un banc, elle les regardait jouer aux barres de singe et sur la balançoire à bascule. Par hasard, Mme Miller et Mme Szymanski vinrent s'asseoir sur le même banc, et les trois dames commencèrent à parler du temps, de leurs enfants, du coût de la vie, et de la circulation routière intenable dans la ville.
« C'est la guerre sur nos routes ! soupira Mme Kumar.
– C'est une ville de fous ! dit Mme Miller.
– Les gens sont tellement égoïstes ! » s'exclama Mme Szymanski.
À ce moment-là, sur un banc voisin, Mme Fukuda se pencha pour leur dire :
« Pardonnez mon intrusion, mais je pense que la paix doit commencer devant notre porte. J'ai décidé de ne plus engager, à l'avenir, mon véhicule dans un carrefour encombré. Il faut tout simplement que quelqu'un commence à se montrer raisonnable. »
Les trois autres dames se mirent alors, toutes en même temps et avec agitation, à lui raconter leur expérience.
« C'est sans espoir ! soupira Mme Kumar.
– C'est une catastrophe ! cria Mme Miller.
– Il n'y a aucune solution ! s'exclama Mme Szymanski.
– Mais qu'en est-il de notre devoir envers nos semblables ? demanda Mme Fukuda. Nous ne pouvons pas rester si égoïstes !
– D'accord. Mais qu'en est-il aussi de notre devoir envers notre famille ? demanda Mme Kumar. Je conduis aussi vite que possible, non pas par égoïsme, mais parce que je veux être avec ma famille ! Je sais bien que je devrais ralentir un peu afin de permettre à d'autres de rentrer chez eux plus tôt. Mais, et ma famille alors ? Cela serait injuste pour elle.
– C'est dramatique, dit Mme Miller. Si nous conduisons de manière raisonnable, nous perdons une demi-heure tous les jours. Mais si tout le monde conduisait de manière raisonnable, tout le monde rentrerait à la maison une demi-heure plus tôt tous les jours !
– Oui, c'est un drame ! dit Mme Szymanski. Ça ne sert à rien d’être altruiste et raisonnable. Cela rend même notre famille triste et fâche les conducteurs derrière nous. Il y a un problème avec « La paix commence devant notre porte » !
– Je pense, dit Mme Fukuda, que nous devrions lancer une campagne ! Voyez-vous, vous avez toutes eu la même idée, mais pas au même moment. C'est la raison pour laquelle vous avez échoué. Mais si, toutes les quatre, nous commençons à conduire de manière raisonnable demain…
– Alors, nous serons seulement quatre parmi des millions de personnes ! interrompit Mme Kumar.
– Eh bien, parlons-en à nos maris. S'ils tombent d'accord avec nous, nous serons déjà huit. Et si nous en parlons à nos voisins…
– Nous devons écrire aux journaux ! dit Mme Miller.
– Et distribuer des prospectus ! dit Mme Szymanski.
– Et préparer des autocollants pour voiture : « Je m’arrête avant un croisement pour VOUS permettre de rentrer chez vous plus tôt ! »
– Non, ils devraient plutôt indiquer : « pour que nous rentrions tous chez nous plus tôt ! »
– Et nous devrions participer à des émissions télévisées ! »
Les quatre dames échangèrent alors leurs numéros de téléphone et démarrèrent leur campagne. Leurs enfants, et même leurs maris, les aidèrent à ébaucher des prospectus, dessiner des schémas, et écrire aux journaux. De plus, le fils aîné de Mme Kumar conçut même un programme de simulation montrant comment un embouteillage s’étendait à toute la ville. Elles envoyèrent également des e-mails à tous leurs amis et connaissances. Elles constatèrent rapidement que de nombreuses personnes avaient eu des idées similaires au sujet de la guerre sur les routes, mais à des instants et des endroits différents, et toutes avaient aussi baissé les bras. Par la suite, les gens commencèrent à se reconnaître sur la route, grâce à leurs autocollants. Voyant l'autocollant sur tant de voitures, ils ne craignirent plus de se faire crier dessus lorsqu'ils s’arrêtaient à un carrefour pour laisser passer d'autres véhicules. Puis, dans un quartier de la ville, les gens constatèrent qu'ils rentraient désormais chez eux vraiment plus rapidement, même si tout le monde conduisait plus lentement. Lorsque la nouvelle se répandit, l’état d'esprit général de la ville changea vite. Dorénavant, les gens klaxonnaient et menaçaient du poing ceux qui bloquaient un carrefour. Les gens plus raisonnables, quant à eux, leur distribuaient plutôt un prospectus.
« Après tout, dit Mme Kumar, la paix commence devant notre porte, mais elle requiert aussi de la coordination ! »

Pendant ce temps, dans la ville voisine, se tenaient des élections municipales. L'un des candidats promit de résoudre le problème des embouteillages, et il fut élu. Le nouveau maire doubla les impôts, engagea de nombreux policiers, et fit installer des caméras à tous les carrefours. De plus, toute personne bloquant un carrefour devait soit payer une amende s’élevant à un mois de salaire, soit aller en prison. Cela aussi résolut le problème des embouteillages. Et rapidement en plus !

   
 

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