Martin Auer: L'Étrange guerre, Histoires pour l'éducation à la paix

   
 

Sur la planète des carottes

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Traduit par Christian Lassalle

Relu par Maher Trad

Le rêveur
Le garçon bleu
Sur la planète des carottes
La peur
Encore la peur
Les étranges habitants de la planète Hortus
À l’arrivée des soldats
Les deux combattants
D'homme à homme
La grande guerre sur Mars
L'esclave
Les bons calculateurs
L'étrange guerre
Arobanai
Serpent étoilé
Les bouchons
Devant notre porte
Les deux prisonniers
La Justice
L’Argent
Histoire d'un bon roi
Rapport auprès du Conseil de l'Union des systèmes solaires
La bombe
Préface
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Sur une toute petite planète vivaient autrefois des gens qui étaient laborieux et d'autres qui l'étaient moins. Il y en avait aussi quelques-uns qui étaient très laborieux et aussi quelques-uns qui étaient très paresseux. En un mot, c'était comme partout dans l'univers.

Sauf que les paresseux comme les laborieux, tout ce qu'ils produisaient et c'était surtout différentes sortes de carottes, ils le mettaient sur un tas et tous en mangeaient. Cela n'était pas comme partout.

Mais un jour quelques-uns parmi les bien courageux dirent : "Maintenant, ça suffit! Nous travaillons et travaillons. Et les autres passent leur journée allongés à siffloter au soleil, ils arrivent et mangent nos carottes." Et ils ne mirent plus leurs carottes sur le tas commun, mais les gardèrent chez eux et mangèrent à s'en crever le ventre.

Les bien paresseux haussèrent les épaules et continuèrent à se servir sur le grand tas. Naturellement, ils mangeaient plus que ce qu'ils apportaient. Alors les moyens courageux et les moyens paresseux se rendirent compte que chacun avait moins qu'avant. En effet, les bien courageux avaient toujours apporté beaucoup de carottes, plus que ce qu'ils mangeaient.

Alors, les moyens courageux dirent : "Nous allons aussi conserver nos propres carottes". Et ils ne les mirent plus sur le grand tas, mais en firent un petit tas près de chez eux.

Les moyens paresseux firent pareil. "Il ne nous reste rien", dirent-ils aux très paresseux.

C'est ainsi que chacun eut devant sa maison son propre tas de carottes et, quand il avait envie d'une espèce de carotte qu'il n'avait pas dans son tas, il lui fallait aller voir si quelqu'un pouvait faire un échange avec lui.

Alors débuta un va-et-vient : après le travail, les gens devaient s'occuper pendant des heures du troc de carottes, jusqu'à ce chacun eût chez lui tous les types de carottes dont il avait ou croyait avoir besoin.

"Ce sont de nouvelles habitudes" dirent les bien paresseux entre eux. Pour eux, il n'y avait plus désormais de tas commun où ils auraient pu "carotter". Chacun en tira une leçon différente. Certains se dirent : "Bon! Il va falloir travailler davantage." Ce ne fut d'ailleurs pas si simple. En effet quand un de ces paresseux repentants arrivait sur un champ pour planter des carottes, la plupart du temps il tombait sur quelqu'un qui lui disait : "Hé! Ici, c'est moi qui de tout temps ai planté des carottes : c'est mon champ!"

Mais d'autres allaient simplement chez les plus riches et prenaient sur le tas de carottes ce dont ils avaient envie. "Nous nous sommes toujours servis sur les tas collectifs. Et si aujourd'hui il y a beaucoup de tas, ce sont toujours des tas collectifs. En tout cas, nous nous servons", disaient-ils.

Ce qui n'était pas l'avis des plus riches qui se mirent à construire des clôtures autour de leurs tas de carottes. Bientôt tous durent construire des clôtures autour des tas. En effet, plus il y avait de gens qui entouraient leurs tas, plus les bien paresseux, qui tenaient aux anciennes habitudes, se servaient dans les tas de ceux qui n'avait pas de clôture.

Tôt ou tard, tous ceux qui avaient un tas eurent aussi une clôture autour. C'est ainsi qu'après le travail ils durent consacrer du temps non seulement à faire du troc, mais aussi à entretenir, à améliorer les clôtures et à veiller à ce que personne ne passe par-dessus.

Certains se mirent alors à pester :"Autrefois, nous nous retrouvions après le travail près du grand tas de carottes, nous nous racontions des blagues, nous jouions à saute-mouton. Maintenant, après le travail nous restons à la maison à surveiller nos carottes et réparer nos clôtures. Le matin, nous sommes crevés, nous ne sommes même plus capables de planter correctement nos carottes. Toujours est-il que nous avons beaucoup plus à faire qu'avant, mais les carottes n'en profitent pas".

Et certains proposèrent de revenir à l'ancienne habitude du grand tas collectif. "Plutôt nourrir quelques chapardeurs bien paresseux que de nous torturer à faire du troc, à surveiller ou à réparer les clôtures!"

Mais les plus riches protestèrent :"Non, si nous revenons à la vieille coutume, cela signifie que nous autorisons la rapine. Alors tout le monde voudra chaparder, plus personne ne voudra planter de carotte et nous mourrons de faim!"

"Mais non", dirent les autres. "La plupart trouvent ennuyeux de passer des journées à siffloter allongés au soleil. En fait, il n'y a que très peu de vrais paresseux. Et puis, en réalité, planter des carottes nous amuse."

"Non, rétorquèrent les plus riches. "Planter des carottes n'amuse personne. Avoir des carottes, oui, ça amuse tout le monde".

Vous pouvez partager vos carottes avec les paresseux si vous en avez envie. Nous, en tous cas, ne démontons pas nos clôtures!"

"Bon", dirent alors les moyens riches, "si les bien riches ne veulent pas participer, nous préférons garder nos clôtures, nous avons pas assez pour pouvoir partager avec les paresseux."

Et les moyens pauvres dirent : "Oui, si nous sommes les seuls à partager, nous avons trop peu. Il nous faut donc garder nos clôtures."

Cette fois-là, rien n'aboutit. Et même si la plupart savaient bien que tous auraient plus de travail sans avoir pour autant plus de carottes, ils ne réussirent pas à revenir à l'ancienne coutume.

Même, on vit de drôles de choses. Certains de ceux qui n'avaient pas de grand champ de carottes allèrent voir les plus riches et leur dirent : "Ecoutez un peu! Si vous me donnez chaque jour quelques carottes, alors je veille sur vos tas".

Et d'autres eurent une idée et proposèrent :"A celui qui me donne des carottes, je lui répare sa clôture!" Et c'est ainsi que d'autres allèrent de maison en maison :"Donnez-moi quelques-unes de vos carottes, j'irai faire le troc pour vous, si vous m'autorisez à garder une carotte sur cinq".

Tout alla comme ça pendant un moment. Un jour certains se grattèrent la tête et dirent :"Normalement, je devrais avoir plus de temps libre maintenant, mais en fait je dois planter de plus en plus de carottes pour pouvoir payer le réparateur de clôture, le veilleur de nuit et celui qui troque mes carottes!"

De nouveau, certains proposèrent de revenir à l'ancienne coutume. Mais bizarrement ce ne fut pas seulement les plus riches qui réagirent, mais aussi les plus pauvres. "Vous voulez nous prendre notre travail" s'écrièrent les réparateur de clôtures.

"De quoi allons nous vivre ?" s'écrièrent les veilleurs de nuit.

"Vous voulez nous faire crever de faim ?" s'écrièrent ceux qui troquaient des carottes.

Eh oui! Et c'est ainsi que se perpétua la nouvelle coutume.

   
 

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