Martin Auer: L'Étrange guerre, Histoires pour l'éducation à la paix

   
 

Les étranges habitants de la planète Hortus

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Traduit par Christian Lassalle

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Le rêveur
Le garçon bleu
Sur la planète des carottes
La peur
Encore la peur
Les étranges habitants de la planète Hortus
À l’arrivée des soldats
Les deux combattants
D'homme à homme
La grande guerre sur Mars
L'esclave
Les bons calculateurs
L'étrange guerre
Arobanai
Serpent étoilé
Les bouchons
Devant notre porte
Les deux prisonniers
La Justice
L’Argent
Histoire d'un bon roi
Rapport auprès du Conseil de l'Union des systèmes solaires
La bombe
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Sur la planète Hortus vivaient quatre petits peuples dans quatre petits villages: les Pomme, les Prune, les Poire et les Framboise. Les Pomme vivaient de gelée de pomme, de compote de pomme, de confiture de pomme et de tartes aux pommes. Les Prune vivaient de gelée de prune, de compote de prune, de confiture de prune et de tartes aux prunes. Et chez les Poire et les Framboise, il en était de même.

Cela fonctionna bien pendant un certain temps, mais un jour l’éternelle confiture de poire ressortit aux Poire par les yeux. L’un d’entre eux dit: "Savez-vous? Nous devrions devenir brigands!"

"Brigands? Qu’est-ce que c’est?"

"C’est tout simple. Nous nous introduisons la nuit chez les Prune et , quand ils dorment tous, nous leur tombons dessus et les rouons de coups. Ensuite, nous emportons autant de prunes que possible et nous déguerpissons. Alors, nous pourrons enfin goûter la gelée de prune, la compote de prune, la confiture de prune et la tarte aux prunes!"

"Bravo! On va bien s'amuser!"

Et ils s'introduisirent dans le village des Prune et, lorsque tous étaient endormis, ils leur tombèrent dessus, pénétrèrent dans leurs maisons et les rouèrent de coups. Puis ils emportèrent autant de prunes que possible et ils décampèrent.

Les Prune furent très effrayés et tristes. "Que s'est-il passé ? Une pareille chose ne s'est encore jamais produite!"

"Les Poire sont peut-être devenus fous? Nous devrions leur envoyer la mère Queue-de-quetsche!"

La vieille Queue-de-quetsche savait en effet fabriquer une huile à base de noyaux de prunes, avec laquelle elle soignait toutes la maladies, sauf les pieds cassés.

C'est ainsi que la mère Queue-de-quetsche se mit en route avec un petit pot d'huile de noyaux de prunes. Mais, quand elle revint le soir, "Ils ne veulent pas se faire soigner" dit-elle. "Ils m'ont menacée et m'ont renvoyée".

"C'est grave! Que faire maintenant?"

"Si ils ne veulent pas se soigner, c'est qu'ils ne sont pas malades, mais qu'ils sont méchants. Il faut les punir!"

"Oui, allons-y! Nous leur tombons dessus et leur prenons leurs poires. Ce ne sera que justice!"

Et tous exultèrent et poussèrent de grands cris. Seule, la mère Queue-de-quetsche secoua la tête, inquiéte.

Les Prune se mirent sur le chemin de la guerre. Dans la nuit, ils envahirent les Poire et les rouèrent de coups. Puis ils emportèrent autant de poires que possible et décampèrent.

"Et que ferez-vous, si demain ils reviennent?" Tous eurent un regard soucieux. Mais le jeune sire Noyau dit : "Nous allons poster des sentinelles tout autour du village, avec de longs bâtons. Et si jamais ils viennent, ils les battront'.

C'est ce qu'ils firent, et lorsque quelques nuits plus tard les Poire revinrent, ils reçurent une bonne raclée.

"Bon! C'est bien ce que j'avais dit! Ils ont eu ce qu'ils méritaient! Ils n'y reviendront pas de sitôt!"

"Bien, bien. Mais, sais-tu, chaque nuit pendant deux semaines nous avons monté la garde et le jour nous avons dormi. Entre-temps, nous avons mangé toutes nos tartes aux prunes et toute notre confiture de prune. Et nous n'avons eu le temps ni de cuisiner ni de cuire!"

"Alors nous devons tous vous donner quelque chose! Car vous avez monté la garde pour tous!"

Tous les Prune donnèrent aux gardes quelque chose et le sire Noyau en eut le plus. "Car je dois m'occuper de tout! Je porte la Responsabilité!"

Peu de temps après, les Prune se mirent à grogner, car jusque là ils avaient toujours eu assez pour tous. Mais, maintenant que les jeunes hommes montaient la garde au lieu de s'occuper des pruniers, de cuisiner et de cuire, cela ne suffisait plus.

"Bien" dit le sire Noyau. "A qui la faute si nos jeunes hommes ne peuvent plus travailler, mais doivent monter la garde? Aux Poire! Alors, les Poire doivent payer!"

Et il se mit en marche vers le village Poire avec ses hommes pour les piller. Mais les Poire avaient aussi posté des gardes. Il y eut une terrible bagarre à mi-chemin entre les deux villages et les Prune ne purent pas s'emparer de poires.

Alors le sire Noyau dit : "Nous devons confectionner des filets et les jeter sur les gardes des Poire. Ainsi, nous pourrons les vaincre et piller leur village!"

C'est ainsi que tous les Prune durent fabriquer des filets et cette fois-ci l'attaque réussit.

Fier à la tête de ses troupes, le sire Noyau revint au village, tandis que chacun de ses hommes portait sur les épaules un sac de poires. Le sire Noyau portait, lui aussi, quelque chose : la Responsabilité.

Le sire Noyau fit déverser les poires sur un grand tas au milieu du village. Puis il divisa le grand tas en trois plus petits. "Voilà" dit-il "Un tas pour les habitants du village, pour que tous aient à manger. Un pour mes soldats, parce qu'ils ont combattu avec courage. Et un pour moi, parce que je porte la Responsabilité pour tout".

Et tous se réjouirent et tapèrent sur l'épaule du sire Noyau. Seule, la vieille mère Queue-de-questsche hocha la tête, inquiéte, et dit :"Et si ils fabriquent aussi des filets, les Poire?"

"J'y ai pensé! Nous allons construire un mur autour du village, ainsi ils ne pourront plus nous envahir" Et c'est ainsi que les Prune durent construire un mur tout autour du village.

Mais les Poire ne voulurent pas en rester là. Et lorsque leurs envoyés rapportèrent que les Prune construisaient un mur autour de leur village, ils se mirent eux aussi à construire un mur autour de leur village. Et ils tissèrent des filets pour pouvoir attraper les gardes. En plus, ils fabriquèrent des échelles pour pouvoir passer par-dessus le mur des Prune. Et une nuit ils envahirent leur village avec leurs échelles et le mirent à sac.

"Maintenant, ça suffit! Nous allons donner à ces lâches de Poire une bonne leçon dont ils ne se remettront jamais. Mais, entre-temps, les Poire fabriquèrent une puissante catapulte pour bombarder le mur du village des Prune.

Et une nuit l'armée Prune pénétra dans le village des Poire, pendant que l'armée Poire pénétrait dans le village des Prune. Par cette nuit couverte et sombre, les deux armées s'étaient croisées sans s'en rendre compte. Lorsque les Poire eurent appuyé leur tour contre le mur des Prune, le sire Noyau se hissa et cria :"Ouvrez le portail et rendez vous, sinon nous incendions votre village".

Et lorsque les Prune eurent amené leur catapulte devant le mur des Poire, leur chef écrivit sur un bout de papier :" Rendez vous, sinon votre village sera rasé! Et comme l'armée Poire était partie, les habitants ouvrirent les portes et laissèrent entrer les Prune. Et les Prune ouvrirent aussi les portes et laissèrent entrer les Poire.

Mais quand les armées voulurent commencer le pillage, il n'y avait plus rien. A peine quelques petits pots de confiture, quelques tartes desséchées et un reste de compote moisi.

"Il n'y a plus rien" dirent les Poire aux soldats Prune. "Nous n'avons pas eu le temps de cuisiner, ni de nous occuper des arbres. Tout a été réquisitionné pour la guerre."

"Nous n'avons plus rien" dirent les Prune aux soldats Poire. "Nous n'avons pas eu le temps de soigner les arbres, ni de faire des tartes : tout a été réquisitionné pour la guerre."

"Bon sang!" dit le chef des soldats Poire et il fit demi-tour.

"Nom d'un chien!" !" dit le sire Noyau et il repartit à la tête de son armée.

Au petit matin, les deux armées se rencontrèrent à mi-chemin entre les deux villages. Leur colère était si forte qu'ils se mirent à se battre. Mais les deux chefs ne se battaient pas. Ils se tenaient chacun sur un petit monticule à se regarder méchamment et à ruminer.

Lorsqu'ils trouvèrent que les deux armées s'étaient suffisamment tapées dessus, ils ordonnèrent la retraite et rentrèrent avec leur armée à la maison.

Le lendemain, le sire Noyau rassembla les Prune et leur dit: "Bon! Maintenant, il faut nous mettre au plus vite au travail et faire cuire quelques tartes aux prunes. Nous devons aller plus vite que les autres afin d'être prêts avant eux pour la prochaine bataille.

Mais la mère Queue-de-quetsche dit: "Ça ne va pas. Il n'y a plus de prune, puisque personne ne s'est occupé des arbres. Elles sont toutes tombées sur le sol. Il n'y a plus non plus de farine pour les tartes. Cela ne peut plus continuer comme ça. Cela n'a aucun sens de se dévaliser les uns les autres. Si nous voulons avoir à manger, chacun doit travailler toute la journée, les Poire tout comme nous. Voler ne fait pas pousser les prunes ou les poires. Nous devons faire la paix avec les Poire!"

Et les Prune, qui avaient fini par retrouver l'envie de s'occuper de leurs pruniers et de faire de la compote, approuvèrent.

Seul, le sire Noyau était amer. En effet, en temps de paix, il ne pouvait ni commander, ni porter la Responsabilité. Et il n'y avait plus non plus de butin, dont il pouvait prendre la plus grosse part.

Il alla au village des Framboise et leur dit: "Ecoutez. Les Poire n'ont plus rien à manger, ils ont tout dépensé pour faire la guerre. Vous courez donc le grand danger d'être prochainement dévalisés par eux!"

Les Framboise se grattèrent derrière l'oreille et dirent: "Nous ne leur avons rien fait!"

"Ça ne fait rien" dit le sire Noyau. "Ce sont des bandits et ils prennent leur butin là où ils savent le trouver."

"C'est terrible!" dirent les Framboise. "Que devons-nous faire? Nous n'y comprenons rien à la guerre."

" Mais nous, si !" dit le sire Noyau. "Je vous fais une proposition : donnez-nous quelques barquettes de framboises - nous sommes en effet un peu en manque de fruit en ce moment - et nous vous aidons contre les Poire."

"Très bien", soupirèrent les Framboise, "il restera bien autre chose pour nous!"

Ensuite, le sire Noyau revint au village des Prune et leur dit: "Jusqu'à la prochaine récolte de prunes, il nous faudra attendre presque un an! De quoi allez-vous vivre entre temps? Si nous faisons la paix, il nous faudra jeûner pendant un an. Mais si nous nous entendions avec les Framboise pour combattre les Poire, alors ils pourraient nous donner tout de suite des framboises"

"Oui, c'est mieux comme ça" crièrent les jeunes hommes qui s'étaient habitués à combattre. "Nous savons mieux faire la guerre que cultiver les prunes."

Les autres Prune se grattèrent derrière la tête et dirent: "Jeûner toute une année ! Qui pourrait supporter ça?" et ils approuvèrent le sire Noyau. Seule la mère Queue-de-quetsche hocha la tête, inquiète.

Mais entre-temps le chef des Poire s'était lié aux Pomme. Et c'est ainsi que tout recommença comme avant. Les Framboise et les Pomme durent construire un mur autour de leurs villages, fabriquer des filets, des échelles, des catapultes et des tours d'assaut, et en plus donner à leurs protecteurs la moitié de leurs fruits. Et lorsque l'année fut passée, il n'y avait sur la planète plus rien à manger ni à voler.

Alors la mère Queue-de-quetsche convoqua toutes les femmes de la planète - ce fut possible, car il n'y avait que quatre villages - et leur dit :

"Cela ne peut plus durer. Le pillage et la guerre ne font pousser aucune prune, aucune framboise, aucune pomme, aucune poire. Il faut bien que quelqu'un fasse le travail, sinon il n'y aura pas de butin. Et comme cela suffit à peine quand tout un chacun fait sa part de travail, nous ne pouvons pas nous permettre tous ces pillages! Les filets, les échelles, les catapultes, les murs, les tours d'assaut: ça n'a jamais nourri personne!"

"Très juste!" dirent les femmes.

"Bon! Alors, dites à vos hommes de se donner la main et de revenir le plus vite possible dans les jardins. Sinon, nous allons tous mourir de faim!"

"Bien" dirent les femmes.

Et c'est ainsi que fut signé un traité, le hommes se donnèrent la main et bredouillèrent: "Toutes nos excuses, cela ne se reproduira pas". Ce fut la paix sur la planète Hortus.

Et après deux ou trois années difficiles tout le monde eut assez pour se nourrir et la mère Queue-de-quetsche envoya dans tous les villages des pots remplis de confiture de prune et les femmes des autres villages envoyèrent de la compote de pomme, de la gelée de poire et des tartes à la framboise.

Et comme la paix régnait, les gens eurent le temps de réfléchir un peu et de faire des recherches. C'est ainsi que l'un inventa la pince à cueillir les pommes avec laquelle on pouvait cueillir les pommes sans échelle. Un autre fit pousser des framboisiers sans épine. Un autre inventa un appareil avec lequel on pouvait facilement dénoyauter les prunes. Et un autre un couteau spécial pour éplucher les poires.

"Parfait" dirent les femmes, "maintenant nous n'avons besoin de ne travailler qu'une demi-journée par jour. Et cependant tout le monde a ce qu'il faut."

Mais un jour le sire Noyau se leva et dit aux Prune. "Cela n'est pas bon de rester ainsi des demi-journées entières à ne rien faire, simplement parce que le travail est devenu maintenant plus facile grâce au dénoyauteur de prunes. Qu'arrivera-t-il si les Poire ont l'idée de nous envahir et de nous obliger à travailler pour eux l'autre moitié de la journée? Les Poire ont inventé un couteau à éplucher les poires. C'est un grand danger. Car si nous n'avons plus besoin de travailler toute la journée pour avoir à manger, eux ont maintenant le temps de construire de nouvelles tours d'assaut et de nouvelles catapultes! Alors, nous ne devons pas gaspiller notre temps à jouer et à nous raconter des histoires: avec notre nouveau dénoyauteur de prunes nous avons assez de temps libre pour penser à notre défense. Au lieu de travailler tous à mi-temps, il serait préférable que la moitié travaille toute la journée et que l'autre construise des catapultes et s'entraîne. En effet, nous pouvons maintenant nous permettre d'entretenir une armée de métier. Ce n'est qu'ainsi que nous pourrons éviter que les Poire nous envahissent de nouveau et nous réduisent en esclavage!"

Tout serait presque reparti comme avant, si...

la mère Queue-de-quetsche ne s'était pas levée et si, devant tout le monde, elle n'en avait pas balancé une bonne au sire Noyau. Alors celui-ci s'assit bien sagement et ne dit plus jamais un mot.

   
 

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