Martin Auer: L'Étrange guerre, Histoires pour l'éducation à la paix

   
 

L'étrange guerre

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Traduit par Christian Lassalle

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Le rêveur
Le garçon bleu
Sur la planète des carottes
La peur
Encore la peur
Les étranges habitants de la planète Hortus
À l’arrivée des soldats
Les deux combattants
D'homme à homme
La grande guerre sur Mars
L'esclave
Les bons calculateurs
L'étrange guerre
Arobanai
Serpent étoilé
Les bouchons
Devant notre porte
Les deux prisonniers
La Justice
L’Argent
Histoire d'un bon roi
Rapport auprès du Conseil de l'Union des systèmes solaires
La bombe
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Sur une lointaine planète ou dans un temps lointain, il y avait un jour deux pays qui s'appelaient Ici et Là-bas. Il y avait bien d'autres pays comme celui d'A-côté et celui de Tout au loin, mais cette histoire parle des pays Ici et Là-bas.

Un jour, le commandant suprême d'Ici fit un discours à ses concitoyens. Il dit que le pays d'Ici était harcelé par le pays de Là-bas et que les gens d'Ici ne pourraient pas supporter plus longtemps la façon dont le pays de Là-bas opprimait et étouffait le pays d'Ici sur la frontière.

"Ils se collent tellement à nous qu'il ne nous reste même plus de place pour respirer!", s'écria-t-il. "Nous ne pouvons pas faire le moindre geste. Ils ne sont pas disposés à se pousser un peu, à nous laisser un peu de place, à nous accorder un peu de liberté de mouvement. Mais si ils n'y sont pas prêts, alors il nous faudra les y contraindre.

Nous ne voulons pas la guerre. Si cela ne dépendait que de nous, il y aurait la paix éternelle. Mais cela ne dépend pas malheureusement que de nous. Et si ils ne veulent pas se reculer un peu, ils nous pousseront à la guerre. Mais nous ne nous laisserons pas imposer la guerre. Non! Nous ne permettrons pas qu'ils nous obligent à sacrifier gratuitement nos meilleurs fils, à faire de nos femmes des veuves, de nos enfants des orphelins! C'est pourquoi nous devons briser la puissance des gens de Là-bas avant qu'ils ne nous obligent à nous mettre en guerre. Et c'est pourquoi, chers concitoyens, afin de préserver nos vies, afin de défendre la paix, afin de sauver nos enfants, j'adresse séance tenante une déclaration de guerre en bonne et due forme la guerre à l'état de Là-bas!"

Les gens d'Ici, décontenancés, se regardèrent d'abord entre eux, puis regardèrent leur commandant suprême. Ensuite, ils regardèrent les troupes spéciales de police avec leurs casques blindés et leurs pistolets laser, alors ils applaudirent enthousiastes et crièrent: "Vive le commandant suprême!" A bas les gens de Là-bas!"

Et ce fut la guerre...

Le même jour, l'armée d'Ici franchit la frontière. Ce fut un spectacle impressionnant. Les véhicules blindés ressemblaient à des requins géants bardés de fer. Ils écrasaient tout sur leur passage. Avec leurs canons, ils pouvaient lancer des grenades qui déchiraient tout, ils envoyaient aussi des gaz qui tuaient tout. Chacun laissait derrière lui une bande meurtrière, large d'une centaine de mètres.

Devant eux une forêt en fleurs et derrière eux plus rien.

Les avions assombrissaient le ciel de leur vol et jetaient face contre terre les gens paniqués qui se trouvaient en dessous. L'ombre qu'ils projetaient annonçait la chute de bombes.

Entre ces avions géants dans le ciel et ces véhicules blindés sur terre, bourdonnaient des nuées d'hélicoptères, tels de méchants petits moustiques. Les soldats ressemblaient à des robots d'acier dans leurs uniformes de protection, qui les rendaient invulnérables aux balles, aux gaz, aux poisons et aux virus.

Dans leurs mains, ils portaient de lourdes armes de combat capables d'envoyer des tirs mortels ou des rayons laser qui faisaient tout fondre.

Ainsi s'avançait l'irrésistible armée d'Ici massacrant tout ennemi sans pitié aucune. Pourtant, aussi étrange que cela puisse paraître, elle ne rencontrait aucun ennemi.

Le premier jour, l'armée pénétra de dix kilomètres le territoire ennemi, le deuxième jour de vingt. Le troisième jour, elle franchit le grand fleuve. Partout elle ne trouvait que villages abandonnés, champs moissonnés, usines désaffectées, entrepôts vides. "Ils se cachent et, quand nous passerons devant eux, ils nous attaqueront par derrière!" hurlait le commandant suprême. "Inspectez toutes les meules de foin et tous les tas de fumier!"

Les soldats retournèrent les tas de fumier, mais tout ce qu'ils y trouvèrent n'était que des tonnes de papiers d'identité, de cartes d'identité, de certificats de naissance, de certificats de résidence, de passeports, de carnets de santé, d'attestations d'immatriculation, de justificatifs de paiement de redevance audiovisuelle, de reçus d'acquittement de la taxe sur les chiens et des centaines d'autres documents. Et sur tous ces papiers, les photos étaient arrachées. Ce que cela signifiait ? Personne ne put se l'expliquer.

Les panneaux indicateurs posaient de véritables problèmes. Ils étaient démontés ou retournés ou repeints, mais quelques-uns étaient justes également, si bien qu'on ne pouvait être certain qu'ils étaient faux. Un peu partout on voyait des soldats perdus, des compagnies entières faisant fausse route, des divisions égarées et quelques généraux abandonnés envoyant en pestant des motards dans toutes les directions pour retrouver leurs soldats. Le commandant suprême dut aussitôt faire venir tous les géomètres et tous les professeurs de géographie d'Ici pour pouvoir convenablement délimiter le pays conquis.

Le quatrième jour de campagne, l'armée fit son premier prisonnier. Ce n'était pas un soldat, mais un civil qu'ils avaient découvert dans la forêt un panier de champignons au bras. Le commandant suprême le fit venir à lui pour l'interroger personnellement. Le prisonnier dit qu'il s'appelait Hans Müller et que son métier était de ramasser les champignons. Il déclara avoir perdu ses papiers et ne pas savoir où était passée l'armée de Là-bas.

Les jours suivants, l'armée d'Ici fit des milliers de prisonniers civils. Tous s'appelaient Hans ou Lieschen Müller et aucun n'avait de pièce d'identité. Le commandant suprême enrageait.

Enfin, l'armée arriva dans une des plus grandes villes de Là-bas et s'y installa. Partout on vit des soldats peindre les noms des rues sur les murs. On avait dû faire apporter les plans de la ville par les services secrets. Dans la hâte, il y eut naturellement de nombreuses erreurs et bien des rues ne portaient pas le même nom à gauche et à droite, en haut et en bas. Sans arrêt traversaient la ville des compagnies à la recherche de leur route, précédées d'un adjudant fulminant avec un plan de la ville à la main. Plus rien du tout ne marchait. L'électricité ne fonctionnait pas, ni le gaz, ni le téléphone: plus rien ne tournait.

Le commandant suprême fit aussitôt annoncer qu'il était interdit de faire grève et demanda à chacun de reprendre le travail.

Les gens retournèrent dans les usines et les bureaux, mais malgré cela rien ne fonctionnait. Quand les soldats venaient demander: "Pourquoi ne travaille-t-on pas ici?, les gens répondaient: "L'ingénieur n'est pas là" ou "Le chef n'est pas là" ou "La directrice n'est pas là".

Et comment trouver la directrice quand toutes s'appelaient Lieschen Müller?

Le commandant suprême informa que quiconque ne déclinait pas son identité et sa fonction serait fusillé. Alors les gens de Là-bas ne s'appelèrent plus Müller, mais dirent n'importe quel nom, ce qui n'avança à rien.

Plus l'armée avançait à l'intérieur du pays, plus cela devenait difficile. Bientôt on ne trouva plus de nourriture fraîche pour les soldats, tout devait être transporté d'Ici. Le chemin de fer ne fonctionnait pas, les cheminots tournaient en rond, allaient sans but ici et là avec les locomotives. Les conducteurs de train se disputaient les wagons et bien sûr tous les chefs qui s'y connaissaient avaient disparu. Personne ne savait où ils étaient.

Personne ne s'opposait aux soldats. Ils devinrent alors vite imprudents, se promenant le casque ouvert et discutant avec les habitants. Et les gens de Là-bas, qui cachaient toute nourriture aux commandos chargés des perquisitions, partageaient avec ces simples soldats leur maigre repas ou échangeaient avec eux de la salade fraîche ou des gâteaux faits maison contre des conserves, qu'ils avaient en abondance et en dégoût.

Lorsque le commandant suprême l'apprit, il eut une attaque et interdit à tous les soldats de quitter leurs cantonnements, sauf pour aller en patrouille avec leur détachement. Cela ne plut pas aux soldats.

Pour finir l'armée occupa la capitale de Là-bas. Mais ici aussi ce fut comme partout dans le pays. Il n'y avait pas de plaque de rue, pas de numéro aux maisons, pas de nom sur les portes, pas de directeur, d'ingénieur, de chef, de policier, pas d'employé. Personne ne savait où se cachait le gouvernement.

Alors le commandant suprême finit par prendre des mesures sévères. Il fit annoncer que tous les adultes devaient se rendre dans leurs usines ou leurs bureaux. Quiconque resterait à la maison serait fusillé. Ensuite il se rendit en personne à la centrale électrique et y fit venir tous les soldats et tous les officiers qui, chez eux, travaillaient dans des centrales. Il fit un discours devant les ouvriers et déclara que dans deux heures le courant devait être revenu. Les officiers commandaient, les soldats contrôlaient et les ouvriers de l'électricité couraient de ci de là, faisant exactement ce que leur disaient les officiers. Cela donna naturellement un terrible désordre, mais pas de courant.

Le commandant suprême rappela les officiers et dit aux ouvriers de la centrale: "Si il n'y a pas de courant dans une demi-heure, vous serez tous fusillés." Et, ainsi donc, une demi-heure plus tard, la lumière était revenue. Alors, le commandant suprême dit: "Voyez vous, bande de vauriens, il faut juste vous brusquer comme il faut!" et il partit avec ses soldats vers la raffinerie de gaz pour y faire la même chose.

Mais, le lendemain, le courant faisait de nouveau défaut et, lorsque le chef suprême s'avança avec une compagnie de soldats spécialement formés à l'extermination pour supprimer les ouvriers de l'usine, la centrale électrique était vide, les ouvriers et les employés s'étaient confondus avec les gens des usines et des bureaux.

Le commandant suprême donna alors à ses soldats l'ordre de prendre simplement mille personnes dans la rue et de les fusiller.

Mais l'habileté sournoise des gens de Là-bas; qui consistait à être toujours aimables avec les soldats, avait affaibli le moral de la troupe, à tel point que personne n'était prêt à fusiller sans façon mille personnes qui n'avaient rien fait du tout. Alors le chef suprême donna des ordres à ses soldats exterminateurs. Mais ses officiers lui firent savoir que les simples soldats étaient déjà très mécontents et qu'une mutinerie risquait d'éclater, si les mille personnes étaient fusillées.

D'autre part, le commandant suprême reçut des courriers de ses supérieurs restés à la maison qui lui disaient: "Suprême commandant! Vous avez prouvé vos dons stratégiques et votre génie militaire et nous vous félicitons pour vos innombrables et brillantes victoires. Cependant, nous vous prions de bien vouloir rentrer et d'abandonner à leur sort ces fous de Là-bas. Ils nous coûtent trop cher. Si nous devons placer derrière chaque ouvrier un soldat avec une mitraillette pour le menacer de le fusiller et un ingénieur pour lui dire ce qu'il doit faire, dans ce cas toute cette conquête n'est plus vraiment rentable. S'il vous plait, rentrez: notre cher pays n'a que trop longtemps été privé de votre brillante présence."

Le commandant suprême rassembla alors son armée, subtilisa toutes les machines et autres pièces de valeur que ses troupes pouvaient transporter et rentra en fulminant.

"Mais nous leur avons donné une bonne leçon", grogna-t-il. "Ces lâches. Que vont-ils faire maintenant, ces fous? Comment feront-ils pour savoir qui est ingénieur, qui est médecin, qui est menuisier? Sans certificat ni diplôme! Comment détermineront-ils qui doit habiter la villa ou la location, si personne ne peut prouver ce qui lui appartient? Comment vont-ils s'en sortir sans certificat de propriété, sans casier judiciaire, sans permis de conduire, sans titre, sans uniforme? Quel beau chantier ils se préparent! Et tout ça uniquement pour ne pas avoir voulu faire la guerre avec nous, les lâches."

   
 

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