Martin Auer: L'Étrange guerre, Histoires pour l'éducation à la paix

   
 

Les deux prisonniers

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Traduit par Christian Lassalle

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Le rêveur
Le garçon bleu
Sur la planète des carottes
La peur
Encore la peur
Les étranges habitants de la planète Hortus
À l’arrivée des soldats
Les deux combattants
D'homme à homme
La grande guerre sur Mars
L'esclave
Les bons calculateurs
L'étrange guerre
Arobanai
Serpent étoilé
Les bouchons
Devant notre porte
Les deux prisonniers
La Justice
L’Argent
Histoire d'un bon roi
Rapport auprès du Conseil de l'Union des systèmes solaires
La bombe
Préface
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Un jour que Monsieur Balaban et quelques-uns de ses amis s'étaient réunis, l'un d'entre eux déclara: "Nous sommes tous de pauvres bougres. Nous devrions fonder une association d'entraide."

"Arrêtez avec ces associations", dit un autre. "Si chacun fait en sorte que pour lui personnellement tout va bien, alors tout ira bien pour les autres."

Un long moment les amis se disputèrent pour savoir si ce que venait de dire ce dernier était vrai ou pas. Puis ils demandèrent à Monsieur Balaban son avis.

"C'est parfois vrai, à mon avis. Quand deux hommes de force égale vont ramasser des noix, il est préférable dans ce cas que chacun ramasse pour lui-même. En effet, si chacun ramassait pour l'autre, les deux pourraient alors se dire: "Ah ! A quoi bon souffrir ? Même si je ne fais aucun effort, j'aurai les noix que mon collègue aura ramassées. Et ainsi donc, ils en viendraient à moins se fatiguer que si chacun ramassait uniquement pour soi. En conséquence, ils auraient à eux deux moins de noix. Bien souvent, les destinées des hommes sont si étroitement mêlées que chacun, en privilégiant son propre intérêt, augmente les risques pour tous."

 "Comment est-ce possible?" lui demandèrent ses amis.

Monsieur Balaban leur proposa alors l'énigme suivante:

"A Samarkand, on arrêta un jour deux brigands, qui avaient volé une oie. Timur Lenk les fit incarcérer dans deux cellules différentes de telle sorte qu'ils ne puissent pas s'entendre entre eux. Il alla ensuite voir le premier et lui dit: "Ecoute ben. Vous avez volé une oie. Et pour cela vous aurez chacun 20 coups de bâton. Ce n'est pas agréable, mais on s'en remet. Par contre, ce dont je suis sûr c'est que vous avez volé non seulement cette oie, mais aussi que vous dérobé dans mon palais deux timbales en or. Et pour cela je pourrais vous faire exécuter. Mais j'y vois un inconvénient : ainsi, je ne récupérerais jamais mes timbales en or. Je pourrais aussi vous arracher les aveux par la torture, mais j'ai pensé à une autre solution. Ecoute bien : si tu avoues le vol des timbales et me dis où vous les avez cachés, dans ce cas je fais exécuter ton complice et te remets en liberté. A ton comparse, je vais naturellement faire la même proposition. Et si il  avoue et toi pas, c'est lui que je remets en liberté et c'est toi qui seras exécuté. Il se pourrait bien sûr que vous fassiez tous les deux des aveux. Dans ce cas, je ne pourrais pas vous remettre en tous les deux. Mais je serais bon et ne vous ferais que couper la main droite.

"Et si aucun de nous deux n'avoue?", demanda le prisonnier, qui, de fait, avait dérobé les timbales avec son complice.

"Alors", dit Timur, "on en resterait aux 20 coups de bâton pour le vol de l'oie"

"A votre avis", demanda Monsieur Balaban à ses amis, "que devrait faire le prisonnier?"

"Et ils ne peuvent pas se mettre d'accord tous les deux?"

"Non", répondit Monsieur Balaban, "Timur a pris ses précautions pour qu'ils ne puissent en aucun cas communiquer."

"Il devrait se taire et se fier au silence de son compère", dit l'un d'entre eux.

"Comment être sûr de l'autre", dit un autre. A tous les coups, son complice passera aux aveux."

"Pourquoi donc?"

"Parce qu'il vaut mieux en tous les cas pour le complice d'avouer. Ecoute, appelons les deux Ahmed et Bulent. Si Ahmed avoue, Bulent a intérêt à avouer lui aussi, sinon il sera exécuté. Si Ahmed n'avoue pas, Bulent a intérêt à avouer, il sera ainsi libéré. Par conséquent Ahmed sait que Bulent va avouer... Par conséquent, il avouera lui aussi, sinon il sera exécuté. Si il advenait que Bulent n'avoue pas, cela n'en serait que mieux pour Bulent, car dans ce cas il sera remis en liberté."

"Oui, mais en fin de compte, chacun des deux se fera couper la main. Alors qu'ils auraient pu s'en tirer avec vingt coups de bâton."

Ils débattirent ainsi pendant des heures, sans pouvoir arriver à une autre conclusion.

"C'est précisément cela que j'ai voulu dire", dit Monsieur Balaban. "En cherchant chacun leur propre intérêt, ils augmentent les risques communs."

"Mais alors ! Qu'auraient-ils dû donc faire, à ton avis ?"

"Ils auraient dû en parler ensemble et se promettre réciproquement de se taire", dit Monsieur Balaban.

"Mais tu nous as pourtant dit qu'ils ne pouvaient pas communiquer!"

"Ils auraient dû soudoyer un gardien, pour qu'il transporte des lettres ou des messages. A mon avis, ils auraient dû attacher un bout de papier à la queue d'une souris ou envoyer un perroquet dressé de cellule en cellule. Ils auraient dû tout faire pour communiquer et s'entendre. En effet, si les hommes ne réussissent pas à s'entendre, on restera toujours au même point, à savoir que chacun cherchera son avantage personnel et fera courir les plus grands risques à la collectivité."

   
 

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